Imaginez la scène : une Porsche Cayenne flambant neuve, garée dans un garage familial. Qui s’installe côté conducteur ? Une adolescente de 15 ans, cartable sur le siège passager et sourire espiègle aux lèvres. Attendez, ce n’est pas tout : elle roule seule, sans permis – et c’est parfaitement légal en Suède. On vous explique ce phénomène aussi fascinant que controversé, et pourquoi il peut ruiner la vie d’un jeune conducteur.
Des bolides pour mineurs : bienvenue chez les Gullerström
Dans la famille Gullerström, on ne fait pas les choses à moitié. Chez eux, deux voitures, pas des moindres – une Audi A6 et une Porsche Cayenne – appartiennent à leurs filles, toutes deux mineures. La Porsche est entre les mains de Juni, 15 ans à peine, encore lycéenne, mais déjà autonome sur les routes de Stockholm. Chaque matin, elle prend le volant pour aller en cours – aucune galère de bus bondé pour elle ! Mais comment cela est-il possible ? Un mot : A-traktor.
Là où ailleurs on parlerait de délit, la Suède a trouvé la parade en adaptant une vieille règle agricole. Résultat : n’importe quel jeune détenteur d’un permis scooter peut s’offrir une A-traktor, c’est-à-dire une vraie voiture bridée électroniquement… à condition d’accepter de rouler à un rythme d’escargot : 30 km/h au maximum. Un triangle rouge et orange vissé sur le pare-chocs arrière signale l’engin, histoire que les autres usagers comprennent pourquoi ils doublent une Porsche… à la vitesse d’une tondeuse à gazon.
Liberté… ou galère ?
Juni assume fièrement son choix et ne manque pas d’autodérision : « Beaucoup peuvent se demander pourquoi vouloir transformer une si belle voiture en A-traktor mais moi je les trouve assez stylées », confie-t-elle en riant. Plus sérieusement, elle plaide la cause de la sécurité : selon elle, mieux vaut s’installer à bord d’une vraie voiture solide que dans « une boîte en plastique », comme elle surnomme les voitures sans permis. Et il faut avouer qu’à Stockholm, quand la ville se transforme en patinoire l’hiver, rouler en Cayenne plutôt qu’en scooter, ça a ses avantages. Zéro jour d’absence à l’école à cause de la neige – ses camarades à deux-roues ne peuvent pas en dire autant !
La liberté est aussi au rendez-vous : faire les courses sans supplier papa ou maman, conduire sa petite sœur à l’équitation… Pour Juni, l’A-traktor, c’est l’indépendance derrière un volant. Un objectif cher à son père, Patrick, qui salue le système comme un atout pour l’autonomie de toute la famille.
Le revers de la médaille : moqueries et limitations
Mais la vie en A-traktor n’est pas qu’une suite de clichés Instagram et de liberté. Le revers de la médaille est réel et, parfois, piquant. Car rouler à 30 km/h, même au volant d’une Porsche, attire les klaxons… et les critiques. Régulièrement, Juni se fait klaxonner parce qu’elle avance trop lentement : « mais je ne peux pas rouler plus vite ! » s’exclame-t-elle, un brin désabusée. Certains automobilistes n’hésitent pas à s’arrêter pour critiquer ouvertement son choix de véhicule, comme s’il fallait absolument une bonne raison pour transformer un bolide en A-traktor.
Le phénomène séduit pourtant : fini l’époque où les A-traktor se limitaient aux campagnes suédoises. Aujourd’hui, on en compte près de 50 000, du centre-ville de Stockholm jusqu’aux villages perdus. Si le succès est là, l’unanimité, elle, est loin d’être acquise. Beaucoup bidouillent le limitateur pour aller plus vite. Les autorités, elles, tirent la sonnette d’alarme : il y a cinq fois plus d’accidents depuis 2020. L’ironie ? Les A-traktor, qui sont de vraies voitures sécurisantes, roulent moins vite que les voitures sans permis, limitées à 45 km/h (et pourtant souvent moins solides selon Juni).
- Liberté de mouvement, mais vitesse d’escargot
- Sécurité des passagers, mais critiques omniprésentes
- Autonomie familiale, mais accidents en hausse
Conclusion : une liberté sous conditions
Être jeune conducteur d’un A-traktor en Suède, c’est profiter d’une incroyable liberté… à 30 km/h. Rouler dans une Porsche ou une Audi quand on est encore au lycée, c’est sympa sur le papier, mais les limitations et les jugements en font aussi un parcours du combattant. Pas étonnant que certains trichent sur la bride. Pour Juni, le problème se résume simplement : « Une voiture sans permis toute en plastique a le droit de rouler à 45 km/h, et les A-traktor qui sont de vraies voitures bien plus sûres, ne peuvent rouler qu’à 30 km/h. S’ils pouvaient rouler à 45 km/h eux aussi, je pense que beaucoup ne débrideraient pas illégalement leur voiture. »
Parents, si vous rêvez d’une solution pour rendre vos ados autonomes, méfiez-vous : derrière la belle carrosserie, la vie en A-traktor, c’est parfois moins fun qu’il n’y paraît. Entre liberté, sécurité, critiques et réglementation, il y a tout un parcours à négocier – à 30 km/h, certes, mais les obstacles n’en sont pas moins nombreux !

Pierre est un passionné d’automobile et de moto depuis toujours. Il partage son expertise à travers des articles sur les dernières tendances, les essais et les innovations du secteur. Entre performance et plaisir de conduite, il fait vivre sa passion à chaque ligne.







