Les temps changent dans la jungle urbaine des vélotafeurs et fans de VAE ! Le bruit métallique de la chaîne va-t-il bientôt rejoindre le ringard cliquetis du minitel ? Une nouvelle star, la courroie en polyuréthane, bouleverse la donne et promet de faire du vélo électrique (et même musculaire) un objet du futur… qui ne salit plus les bas de pantalon.
Fin de la réaction en chaîne : la revanche de la courroie
Vous l’avez sans doute remarqué si vous faites partie des cyclistes réguliers : sur de plus en plus de vélos à assistance électrique (VAE), la classique chaîne métallique s’efface au profit d’une longue et large courroie. Cette innovation, à base de polyuréthane et de fibres de carbone, a fait ses premiers pas discrets dans les années 2000… mais n’a véritablement conquis le marché que récemment. « Il y a 7 ou 8 ans, on n’en voyait pas ! Aujourd’hui, on peut estimer qu’elle est présente sur près de 10 % des nouveaux vélos électriques », observe William Perrier, directeur commercial France du groupe Accell (Lapierre, Haibike, Winora…). Voilà une avancée notable dans un marché où, rien qu’en 2023, la fréquentation nationale a augmenté de 5 % d’après Vélo & Territoires.
La courroie, reine de la longévité et du confort
Fini le calvaire du nettoyage de chaîne, des pantalons maculés de graisse, du graissage oublié ! La courroie s’impose, et pas seulement pour sa propreté. Tanguy Andrillon, journaliste pour Transition Vélo, rappelle : « La courroie opposerait selon les revendeurs une durée de vie d’au moins 20 000 km, c’est son gros point fort. » À titre de comparaison, la chaîne métallique peine généralement à dépasser les 6 000 à 7 000 km… à condition de la chouchouter régulièrement.
- Durée de vie deux à trois fois supérieure à celle d’une chaîne (source : Carbon Gates)
- Aucun graissage requis
- Résistance accrue grâce à ses matériaux composites (traction, élastomère ultra-rigide, dents en nylon…)
- Moins de petits réglages à effectuer (plus besoin de jouer de la molette du dérailleur à la moindre occasion…)
Le tout s’accompagne d’un confort de roulage inédit. William Perrier parle de trajets « ultra-confortables, plus doux, smooth ». Cerise sur le guidon, la courroie autorise le passage des vitesses même à l’arrêt, parfait pour redémarrer au feu tricolore sans suer à grosses gouttes (ni déclencher les klaxons). Un vrai plus que Tanguy Andrillon approuve : « C’est mieux pour la ville ! ».
Si jamais votre courroie se salit, inutile de retrouver la burette d’huile qui a mystérieusement migré au fond du garage : un coup de jet d’eau et elle repart de plus belle. Et votre costard (ou votre petite robe de cycliste) vous dira merci.
Des avantages… mais quelques contreparties
Ce serait trop beau si, pour profiter du Graal, il suffisait de visser une courroie à la place de la chaîne. Mais non. Première étape : oubliez le dérailleur classique. La courroie nécessite en effet un moyeu à vitesses intégrées ou un moteur automatique, ce qui se répercute sur le prix. « On peut l’estimer de 10 à 20 % », confirme Robin Gabuthy, cofondateur d’Ellipse Bikes, marque qui permet à ses clients de choisir entre chaîne et courroie.
Concrètement, sur un modèle comme le Winora iRide Pure :
- Version dérailleur (chaîne) : 2 999 €
- Version courroie : ajoutez 700 €
Cela dit, William Perrier reste optimiste : si la techno séduit et que la demande explose, l’écart de prix devrait s’amenuiser.
Selon Robin Gabuthy, la courroie est idéale pour un usage urbain ou semi-polyvalent avec moyeu à vitesses intégrées et quelques rapports pour affronter les petits reliefs. Pour un maximum de polyvalence (notamment en nombre de vitesses), la chaîne garde l’avantage. La spécificité du vélo électrique, c’est aussi de pouvoir se contenter de moins de vitesses – souvent cinq suffisent.
Petite mise en garde néanmoins. Quand un fabricant affiche un vélo courroie au même prix que la chaîne, il s’agit en réalité d’un modèle mono vitesse, à réserver à la ville ! « Une configuration mono vitesse, c’est suffisant dans 70 % des grandes villes, avec des côtes limitées à 7-8 % », précise Gabuthy. Sinon, il va falloir appuyer fort sur les pédales… et ce n’est pas Tanguy Andrillon qui dira le contraire !
Un avenir partagé, et quelques précautions à prendre
Alors, la chaîne métallique, condamnée à disparaître ? Pas si vite. Robin Gabuthy nuance : impossible d’assurer la disparition pure et simple de la chaîne, « c’est le meilleur moyen de transmettre de l’énergie à faible coût et avec le meilleur rendement ». Selon lui, deux marchés vivront en parallèle, avec chacun leur budget et leurs usages.
Seul point technique où la courroie paraît un tantinet capricieuse : son entretien. Rares, certes, mais les réparations exigent précision et compétence pour ne pas abîmer l’alignement ou la tension. « Ce n’est pas aussi simple qu’avec une chaîne », prévient Tanguy Andrillon. En clair, si bricoler vous démange, laissez faire un pro – votre courroie (et vos mollets) vous remercieront.
Que l’on soit adepte du bouton cravate à vélo ou minimaliste du pignon fixe, la courroie avance à son rythme dans la roue du changement. Un conseil avant de foncer : posez-vous la question de votre usage urbain ou tout-terrain, et laissez votre pantalon respirer !

Pierre est un passionné d’automobile et de moto depuis toujours. Il partage son expertise à travers des articles sur les dernières tendances, les essais et les innovations du secteur. Entre performance et plaisir de conduite, il fait vivre sa passion à chaque ligne.







